Décryptage : la présence française en Afghanistan
Il s’agissait alors de répondre aux attentats du 11 septembre. C’est en effet sur le sol afghan avec le soutien du régime taliban que les attentats ont été conçus, préparés et financés. Force est de constater sept ans après les dramatiques évènements de New York et Washington, que l’Afghanistan est toujours en première ligne dans « la guerre contre le terrorisme ».
Un cadre international défini et une action légitime.
Nos forces armées agissent sur un terrain difficile dans le cadre d’un mandat clair. La légitimité de notre action au regard des lois internationales est totale et nos troupes combattent pour une cause que les difficultés actuelles ne doivent pas compromettre.
Cette intervention se fait dans le cadre de la résolution 1386 du 20 décembre 2001 qui a crée la FIAS (Force internationale d’assistance et de sécurité ou ISAF en anglais). Le mandat de la FIAS est renouvelé chaque année par le Conseil de sécurité des Nations Unies (le dernier renouvellement a eu lieu en septembre 2007- résolution1776, il est valable jusqu’à fin octobre 2008).
En août 2003, la FIAS a été placé par le Conseil de Sécurité sous commandement de l’OTAN.
Le mandat de l’ISAF comporte six grands objectifs :
1. Conduire des actions destinées à assurer la stabilité et la sécurité en coordination avec les forces de sécurité nationales afghanes.
2. Assister le développement des forces de sécurité nationales afghanes en assurant la formation le la nouvelle armée nationale et la police nationale.
3. Identifier les besoins de reconstruction (réhabilitation des écoles et des centres médicaux, assurer les besoins en eaux et promouvoir les projets aux projets civil-militaires.
4. Aider le gouvernement à désarmer les groupes illégaux.
5. Fournir de l’aide au gouvernement afghan dans la lutte anti-narcotique. L’ISAF ne dispose pas de mandat pour intervenir directement dans l’élimination de la culture du pavot.
6. Soutenir les opérations humanitaires.
Le régime taliban que les forces alliées ont abattu était un régime dictatorial d’un autre temps qui maintenait le peuple afghan dans l’obscurantisme. Rappelons que des troupes afghanes se sont jointes aux troupes alliées pour chasser ce régime.
Notre présence procède de la volonté même des Afghans. L’objectif a été rappelé mardi 9 septembre par le Président Karzai : « …un renfort de troupes internationales sera le bienvenue si ces forces combattent efficacement le terrorisme et résolvent la question de ses sanctuaires au Pakistan. Le pays a en priorité besoin de reconstruire ses institutions…ce qui signifiera qu’il sera alors capable de défendre son territoire et protéger son peuple ».
L’instabilité chronique de cette zone est une donnée géostratégique majeure de l’intervention internationale. Bordé à l’Ouest par l’Iran, à l’Est et au Sud par la puissance nucléaire Pakistanaise, considéré à terme comme un passage obligé d’accès à la mer de la riche région énergétique de la mer Caspienne (l’autre débouché vers la mer étant la Géorgie et la Turquie….) l’Afghanistan est au cœur d’enjeux stratégiques qui dépassent le cadre de la lutte pour les droits de l’homme, la démocratie et la paix dans cette région. Les grandes démocraties occidentales ne peuvent pas se permettre de voir ce pays redevenir un sanctuaire terroriste.
Depuis le début de l’intervention en 2001, la France a déployé de manière stable près de 2200 hommes sur le théâtre des opérations qui comprend l’Afghanistan proprement dite mais aussi des pays frontaliers (Tadjikistan, Kirghizistan) et une présence maritime de soutien en mer d’Oman.
Le 3 avril 2008, devant la dégradation constatée sur le terrain et à la demande de nos alliés (canadiens entre autre), la France a accepté lors du sommet de l’OTAN de Bucarest de renforcer sa présence sur le sol afghan. Elle a pris depuis la fin du mois de juillet le contrôle de la région stratégique de la Kapisa au nord-est de Kaboul et qui en commande en partie l’entrée. C’est dans cette région qu’à eu lieu l’embuscade qui a causé la mort de dix de nos soldats en août dernier. Notre pays assure aussi la sécurité de la capitale Kaboul et c’est un général français qui assure le commandement de la région Capitale.
Le Président américain Georges Bush a annoncé mardi 9 septembre l’envoi de 4 500 soldats supplémentaires sur le sol afghan. A noter que les deux candidats aux élections présidentielles américaines de novembre se sont prononcés pour un renforcement des troupes en Afghanistan. Pour le sénateur Obama « L’une des plus grandes erreurs stratégiques que nous avons faites après le 11 septembre est de ne pas avoir terminé notre travail en Afghanistan ». Les généraux américains avaient fait savoir qu’ils souhaitaient disposer d’au moins 10 000 hommes de plus.
Le Premier ministre canadien a quant à lui promis mercredi 10 septembre que la « mission militaire canadienne en Afghanistan ne se prolongerait pas au-delà de son échéance prévue en 2011 ».
La participation française se fait essentiellement au sein de la FIAS, mais elle participe également au second volet de la présence internationale en Afghanistan sous commandement américain : l’OEF, l’Opération Enduring Freedom (Liberté immuable) qui s’appuie sur l’article 51 de la Charte des Nations Unies (droit à la légitime défense contre une agression armée). Cette opération qui compte 20 000 hommes (dont 18 000 Américains) est essentiellement consacrée à la lutte armée directe contre les groupes terroristes et Al-Qaïda (est et sud du pays le long de la frontière pakistanaise). La zone d’opération de l’OEF concerne l’Afghanistan mais aussi la corne de l’Afrique. C’est au sein de l’OEF qu’agit notre composante marine (Task Force 150 qui compte en permanence 2 bâtiments français), mais aussi notre participation aérienne à Kandahar. Les deux missions coopèrent étroitement en conformité avec les demandes du Conseil de Sécurité.
L’ensemble des deux missions donne le chiffre des forces étrangères présentes sur le sol Afghan soit 70 000 hommes.
Plus de 50 000 hommes composent aujourd’hui la FIAS.
38 pays en sont membres (les chiffres des pays participants varient au gré des décisions politiques des Etats). Contrairement à ce qui a pu être dit des pays musulmans participent à cette force : la Turquie, la Jordanie, l’Azerbaïdjan….
25 des 27 pays de l’Union européenne participent à la FIAS (seuls Chypre et Malte n’en sont pas membres)
Des pays neutres comme la Finlande, l’Autriche ou l’Irlande qui ne sont pas membres de l’OTAN y participent.
La France dispose, depuis le renforcement de sa présence commencée en juillet, de 3 300 hommes sur le terrain (Afghanistan, pays frontaliers et soutien maritime). Ce chiffre nous situe loin derrière les Etats-Unis avec près de 20 000 hommes ou les Britanniques qui ont déployé près de 9 000 hommes mais nous place dans la moyenne haute de la plupart des grandes nations occidentales participantes (Italie, Allemagne, ou Canada).
Nos hommes sur le terrain sont des professionnels formés et compétents. Ils sont jeunes comme le sont la grande majorité des membres des unités combattantes de toutes les armées du monde.
A ce jour le bilan humain de la France en Afghanistan est de 24 hommes, dont 10 lors de l’embuscade de la vallée d’Ubzin le 18 août dernier. Les premiers décès en Afghanistan concernaient essentiellement des membres des forces spéciales engagées dans des combats directs avec des groupes terroristes.
Au travers du détachement Epidote composé pour la part française d’une trentaine d’officiers nous avons franchi le cap des 5 000 officiers afghans formés. Les Français sont plus spécifiquement chargés de la formation des officiers d’état-major, et des officiers spécialisés en administration et en renseignement. Les Britanniques assurent la formation des sous-officiers et les Américains la formation des militaires du rang.
Aux côtés des Américains une vingtaine d’instructeurs français forment 6 bataillons (kandak) de forces spéciales afghanes.
Depuis la fin août, la France déploie 6 OMLT (Operationnal Mentor and Liaison Team) chargés de conseiller les militaires afghans et assurer les liaisons entre l’Armée Nationale Afghane (ANA) et la FIAS. La dernière OMLT mise en place est rattachée au contingent néerlandais (commandement régional sud).
L’armée afghane est composée actuellement de 50 000 hommes. L’objectif est de porter à terme ses effectifs à 134 000 hommes. Le format initial prévoyait un format de 90 000 hommes pour 2009.
Les évènements dramatiques du mois d’août ont mis -remis- l’Afghanistan au cœur des débats.
Malgré des progrès importants la situation en Afghanistan reste préoccupante et dangereuse : la violence y est en recrudescence (multiplication des attentats dans Kaboul et contre les forces alliés, bombardements alliés mal ciblés, enlèvement des humanitaires, menaces sur les ONG…), les forces talibanes bénéficient ces derniers temps de renforts croissants de djihadistes internationaux, la culture du pavot y est florissante (93% de la culture mondiale du pavot se trouve en Afghanistan), la corruption y demeure un mal endémique notamment au niveau des gouvernements de province mais aussi de la police afghane.
Cette réalité ne doit pas non plus occulter les réels progrès de la politique de reconstruction et de développement que la communauté internationale mène en Afghanistan.
Scolarisation de plus de 6 millions d’enfants dont près de 2 millions de petites filles jusque là exclues du système éducatif.
Développement des infrastructures routières (+ de 4000 km de routes), accès à l’eau potable, politique d’assainissement des réseaux.
83% de la population afghane a accès aux soins contre 8% en 2001. La mortalité infantile a baissé de 40%. 10 000 personnels de santé ont été formés depuis 2002 (la moitié de femmes).
En matière de démocratie l’Afghanistan a connu des élections présidentielles, législatives et provinciales libres dans des conditions jugées les meilleurs possibles étant données les circonstances par les observateurs internationaux. Le pays prépare de nouvelles élections en 2009 et 2010.
La conférence internationale de Paris a réuni en juin dernier 85 délégations représentant 68 pays et 17 organisations internationales. Près 20 milliards de dollars ont été recueilli pour aider la poursuite de la reconstruction de l’Afghanistan. La France y a doublé son aide (30 millions € par an d’ici 2010) et s’engage dans des programmes concrets (formation des juges de la Cour suprême, aide à la lutte anti-drogue, coopération hospitalière, formation de la police afghane…).
80% de nos engagements financiers concernent une aide en matière d’agriculture ou de santé.
Lorsque la France a décidé de renforcer sa présence militaire en Afghanistan, elle a posé des conditions qui ont été acceptées par nos partenaires de l’OTAN.
1/ Un engagement de tous les pays membres sur la durée.
2/ Une politique globale d’aide à la reconstruction : en faire un bilan clair, définir ensemble les besoins afin d’éviter les doublons et les superpositions d’actions similaires.
3/ Prévoir un transfert progressif des questions de sécurité aux Afghans : c’est la fameuse « afghanisation » du conflit.
4/ Mettre en place une stratégie politique intégrant les pays voisins, notamment le Pakistan.
Ces décisions ont été prises en avril dernier, il faut donc laisser du temps pour en apprécier la portée éventuelle dans le pays.
Plusieurs éléments sont susceptibles de faire évoluer la situation dans les mois à venir :
La mise en place des décisions prises par l’OTAN en avril.
Le Pakistan s’est doté samedi 6 septembre d’un nouveau Président. Dès le 9 septembre le Président Zardari a reçu son homologue afghan. Ensemble ils « ont promis de combattre ensemble le terrorisme ». Une des clés de la question afghane se trouve sur le sol pakistanais qui sert de base arrière aux forces talibanes. Les récents bombardements au Pakistan démontrent l’imbrication des deux territoires….
Le résultat des élections américaines de novembre 2008.
La mise en place effective de l’armée afghane : la première étape sera le contrôle et la gestion de la sécurité de Kaboul.
L’évolution des opinions publiques si les pertes sur le terrain devaient encore augmenter, même si cette perspective semble inévitable.
C’est une première application de l’article 13 de la réforme constitutionnelle que nous avons votée en juillet. Ce débat, souhaité par le Président de la République sera donc suivi d’un vote.
C’est l’occasion pour la représentation nationale d’apporter un soutien à nos forces armées engagées sur le terrain.
C’est un message de notre détermination à poursuivre notre engagement : ce message s’adresse aussi bien à nos alliés qu’aux groupes armés que nous combattons.
Reste une question incontournable : quels sont les critères objectifs nous permettant de dire que notre opération en Afghanistan est un succès et qu’il est donc possible d’envisager à terme un calendrier de retrait de nos forces armées ?
Source : groupe UMP - AN


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