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NOTRE STRATEGIE EN MATIERE ENERGETIQUE - 19 juin 2008
Depuis les années 1970, la consommation énergétique à l’échelle de la planète a doublé. Et d’ici quinze ans, les prévisionnistes estiment que la consommation mondiale devrait encore être multipliée par deux. Chacun en a conscience : la hausse rapide du prix du carburant, et par voie de conséquence, du coût de l’énergie qui inquiète les Français et qui grève les budgets des particuliers comme des socioprofessionnels est un phénomène durable.
Tandis que la crise énergétique des années 1970 découlait d’une insuffisance de l’offre, celle que nous traversons résulte de l’explosion de la demande liée à la croissance des pays émergents. Le déséquilibre entre la croissance des besoins et l’insuffisance de la production devrait encore s’amplifier. Bref, la hausse du prix du pétrole, qui nous surprend par sa soudaineté et son ampleur, est d’abord le signal de l’entrée dans un nouveau monde.
Alors que faire ?
- Agir, et agir le plus rapidement possible, pour contenir les effets de cette hausse sur le pouvoir d’achat des ménages, en particulier des plus modestes, et sur la survie de nombreuses entreprises dans les filières professionnelles les plus exposées. Le gouvernement a donc décidé, secteur par secteur, la mise en place de mesures catégorielles, pour les pêcheurs, les agriculteurs, les transporteurs routiers… Le gouvernement agit également sur les compagnies pétrolières, comme TOTAL, qui augmente l’aide à la cuve. En fin de compte, nous ne pouvons nous permettre de rester les bras croisés devant les difficultés que rencontrent des millions de Français et de certains secteurs de l’économie. Les conséquences pourraient affecter l’économie française dans son ensemble. Et quoi qu’en disent les idéologues de la décroissance, les premières victimes en seraient les plus modestes…
- Agir au niveau européen : telle est la volonté du Président de la République qui prend la mesure des effets de cette envolée des prix des carburants sur l’ensemble des Européens et des dégâts politiques pour l’Union Européenne qui résulteraient d’une absence d’initiative commune. La proposition de réaffecter le surplus de TVA au-delà d’un certain niveau de prix dans un fonds d’aide aux entreprises et aux personnes les plus fragilisées et d’investissements pour un développement de ressources énergétiques durables sera au cœur du prochain sommet des chefs de gouvernement.
- Agir également au niveau international, en incitant les pays producteurs à augmenter leur offre pour détendre les tensions sur le marché. Toutefois, c’est un fait, les circonstances ont changé et la stratégie des pays de l’OPEP, notamment, est de faire durer le plus longtemps possible leurs ressources…
Toutefois, chacun en convient, les mesures de court-terme ne feront que pallier. Et ce qu’il nous faut construire, ce sont de nouvelles marges de manœuvres pour l’avenir, bref, adopter une stratégie énergétique de moyen et de long terme au niveau national et européen.
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Il est temps de relancer la politique d’économie d’énergie. En trente ans, les appareils électriques se sont multipliés dans les foyers, et des gestes simples suffisent à économiser, comme l’extinction des téléviseurs ou des ordinateurs. De façon plus générale, l’investissement doit porter sur des technologies plus économes et sur les solutions de substitution au pétrole afin d’entraîner, à terme, un ralentissement de la demande. Contrairement à une idée reçue, ce n’est pas la fin des énergies fossiles : mais c’est bien la fin du tout pétrole.
- Enfin, et surtout, la France et ses partenaires européens doivent fixer des objectifs ambitieux en matière de développement des sources d’énergie non fossile et de recherche d’une certaine autonomie énergétique. Dans les années 1970, face à la crise, la France a fait un choix qui la préserve relativement des effets de la hausse du prix de l’énergie : celui du nucléaire. Aujourd’hui nous devons à la fois confirmer ce choix et le doubler d’un investissement massif dans la recherche et dans les énergies renouvelables. Les territoires d’outre-mer, par exemple, peuvent prétendre, dans les quinze ans qui viennent, à l’indépendance énergétique. L’exemple de la Réunion atteste du succès d’une stratégie énergétique fondée sur la recherche de l’autonomie et s’appuyant sur les énergies vertes et renouvelables.
Le choix des énergies renouvelables et du développement durable est une nécessité économique. Lors du Grenelle de l’environnement, la France s’est fixée des objectifs précis. Il est mensonger d’opposer l’adoption de mesures immédiates et catégorielles à la poursuite de ces objectifs. La vérité du prix de l’énergie est nécessaire pour nous inciter au changement. Mais nous devons accompagner cette mutation économique, c’est-à-dire ne pas en faire porter le coût de manière brutale par des millions de personnes. Notre stratégie est simple : soulager immédiatement ceux qui sont aujourd’hui le plus exposés, mieux utiliser l’énergie et investir dans de nouvelles formes d’énergie.

Yves JEGO Secrétaire d’Etat chargé de l’Outre-mer Maire de Montereau-Fault-Yonne
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